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Contes et légendes

Le carrosse tragique

C’était à l’époque où la chatellenie de Moyen était engagée au sire d’Ogéviller, vers 1430.

Un soir d’hiver, le jour des Rois, la douairière d’Ogéviller qui avait passé un moment à Moyen et s’en retournait à Ogéviller, fut effrayée de voir du côté de Vathiménil des hommes masqués et armés.
Pour leur échapper, elle ordonna à son cocher de fuir de toute la vitesse de ses chevaux.
Celui-ci se trompant de chemin précipita l’attelage dans un marécage qui se trouvait aux environs de Vathiménil et dont, jusqu’il y a peu d’années, bêtes et gens n’osaient approcher à cause du peu de solidité du terrain.
Il s’y trouve actuellement une fontaine dite « à la Goutte » et plus communément la « fontaine de la Carrosse ».
Le fils de la Dame d’Ogéviller chercha sa mère partout et alla la réclamer jusqu’à Metz, accusant l’évêque de la détenir prisonnière.
Cependant, un pâtre qui avait passé cette nuit dans la forêt voisine dit avoir entendu crier « fouette cocher ! » à plusieurs reprises.

Une aigrette de plumes fut trouvée sur les eaux bourbeuses, et quelques années plus tard l’abime rejeta les débris du carrosse…

Le cul brûlé

Malgré sa nombreuse artillerie, Du Hallier n’espérait prendre de sitôt le château de Moyen. Et cependant les ordres de Richelieu étaient précis à rigoureux…

La fortune lui sourit sous la forme d’une femme traître.
Elle indiqua à Du Hallier la basse-cour comme étant la partie faible de la forteresse. Ce côté avait été terminé depuis peu, et probablement avec moins de soins que les autres.

Ses indications permirent effectivement la prise du château.

Mais la malheureuse reçut la récompense que méritent les traitres : les Suédois qui renforçaient l’armée française la fustigèrent, et finalement la brûlèrent, dit la tradition, dans un four à chaux au lieu dit « Au cul brûlé ».

Du souterrain oublié aux oubliettes souterraines…

Des bâtiments du sud il ne reste plus rien.
Sur leur emplacement on a créé des jardins ou édifié des étables.
Les bâtiments de l’ouest sont ceux dont les ruines présentent le plus d’intérêt. Il s’y trouve une vaste cave de 14 m de long, 10 m de large, 5 m de hauteur. La voute est soutenue par trois piliers de reliant en anses de panier.
On montre à l’extrémité sud de cette cave une ouverture, aujourd’hui maçonnée, que l’ont dit être l’entrée du souterrain qui devait aller vers Magnières.
Les tentatives faites pour l’explorer ont été infructueuses jusqu’ici, à cause des gaz qui s’en dégagent

Il est aussi question d’un souterrain légendaire sur cet excellent site d’un érudit habitant de Domremy, totalement dédié à la légende de Jeanne des Armoises, alias Jeanne d’Arc (cliquez sur l’image).

Statue de Jeanne d’Arc, rue Jeanne d’Arc à Moyen.

La légende des souterrains
Après le sol, le sous-sol, dont l’obscurité favorise la naissance de traditions pleines de mystère. Régulièrement, partout où elle voit une construction ancienne et imposante, l’imagination populaire se persuade que d’immenses souterrains s’étendent au-dessous et tout autour et quand elle voit deux de ces édifices à quelques kilomètres seulement l’un de l’autre, elle affirme que des souterrains les réunissent. Sans prétendre épuiser la matière, nous allons donner quelques exemples de ces curieuses traditions nous avons trouvé les unes dans des livres que nous citerons à mesure les autres nous ont été rapportées par des personnes du pays.

Remarquons d’abord que ces conceptions ne datent pas d’hier : dans Garin le Loberain, une des plus belles chansons de geste du XIIe siècle, est décrit longuement le castel de Naisil qui s’élevait sur l’emplacement de la ville romaine de Nasium, du village actuel de Naix. Naisil a été construit par Jules César en personne et pourvu par lui de souterrains immenses où l’on peut circuler à cheval et qui permettent de ravitailler la place en cas de blocus, car ils débouchent au loin dans la campagne. Naisil est imprenable ou presque, et son seigneur en est si fier qu’il déclare :

Si je tenoie l’ung en paradis,
Et l’autre avoie au castel de Naisil,
Je retrairoie celui de paradis
Et le mettroie arrier dedans Naisil !

Or l’imagination des siècles suivants creusera dans toute la Lorraine des galeries semblables à celles de Naisil, qu’on en juge :

A Bauzemont, au nord de Lunéville, se voyait un château-fort appartenant à l’évêque de Metz. Un souterrain, dit-on, allait de là jusqu’à Vic, autre possession du même évêque, pour permettre de secourir la garnison, souterrain d’importance, car de Bauzemont à Vic, il n’y a pas moins de douze kilomètres. C’est juste la longueur du tunnel du mont Cenis et, en ces temps lointains, on n’avait ni perforatrices, ni poudre de mine.

A Gondreville, il y eut un on deux châteaux-forts on se souvenait du reste que ce lieu avait été une résidence royale fréquentée par les Carolingiens. Il n’en fallait pas plus pour donner le branle aux imaginations un souterrain va de Gondreville à Toul, en passant donc sous la Moselle, ce qui risque de le rendre bien humide, mais qu’à cela ne tienne. La légende ne s’embarrasse pas des rivières. Nous allons le voir.

A Varangéville existait un très ancien prieuré bénédictin un souterrain en part et s’étend jusqu’à la ferme de la Crayére, prés de Rosiéres-aux-Salines, en passant sous la Meurthe. Cette tradition était si bien établie que, pendant la guerre de 1914-1918, on rechercha, sans succès bien entendu, ce souterrain pour en faire un abri de bombardement.

La Sarre ne sera, pas plus que la Meurthe ou la Moselle, un obstacle aux traditions de ce genre. On raconte dans le pays qu’un souterrain de dix kilomètres réunit le château de Saarwerden à celui de Niederstinzel situé en amont, près de Fénétrange et de l’autre côté de la rivière.

A Bainville-aux-Miroirs, sur la Moselle, en amont de Bayon, était un château très fort dont on admire encore les restes imposants en face, sur une colline assez haute, s’élève le château de Saint-Germain. Les gens du pays ne peuvent voir ces deux donjons sans établir entre eux une communication invisible il y a cinq kilomètres et la Moselle à traverser; ce n’est pas un obstacle pour les fouilleurs de galeries imaginaires.

Autour de Pont-à-Mousson, on supposa tout un réseau de souterrains, dont plusieurs passaient sous la Moselle, large et profonde à cet endroit. Tel celui qui part des caves d’une maison de la place Duroc et monte au château de Mousson. A onze kilomètres au nord de Pont-à-Mousson s’élevait le château de Prény, un des plus puissants du pays de là, des souterrains mènent dans toutes les directions aux châteaux de Mousson et de Saint-Biaise, à l’abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois. Une telle citadelle, dont les ruines méritent encore d’être visitées, devait se parer de légendes.

Un autre centre de légendes du même genre, mais sur un terrain plus sec, est la montagne célèbre de Sion-Vaudémont,  » la colline inspirée « . Un souterrain réunit le couvent de Sion au couvent d’Ormes, à onze kilomètres au nord-est. Jonction imprudente, contraire aux convenances, car Sion est un couvent d’hommes, Ormes un couvent de femmes, mais la légende ne s’arrête pas à ces détails. Un second souterrain va de Sion à Vaudémont sous le plateau.

Dans le canton de Gerbéviller se voyaient jadis deux beaux châteaux, celui de Moyen, qui eut encore l’honneur d’un siège pendant la guerre de Trente Ans, et celui de Magnières. Un souterrain les réunira, d’autant plus aisément que la distance n’excède pas quatre kilomètres.

C’est peu en comparaison du souterrain qui, du fond de la grotte de Saint-Amon, dans la foret du même nom, tout au sud de l’arrondissement de Toul, mènerait jusqu’à Toul même vingt-cinq kilomètres de galerie, bien plus que le plus long tunnel existant, voilà de quoi faire pâlir d’envie tous les ingénieurs du XXe siècle.

A côté de cette galerie, celles qui mènent de Dombasle à Sommerviller et du camp de Ludres à Messein, et ne dépassent pas chacune deux kilomètres, font piètre figure. Ici, la légende est restée à peu près raisonnable. Souvent, après avoir percé ces souterrains, parfois immenses, la légende y place des trésors qu’il n’est que de savoir retrouver.

Tout près des frontières de la Lorraine, une tradition alsacienne nous assure qu’un souterrain allait du château épiscopal de Saverne à la forteresse du Haut-Barr, juchée sur un sommet abrupt. Dans ce souterrain, aux temps troublés de la guerre de Trente-Ans, on aurait caché un trésor comprenant un grand crucifix en or pur et les statues, de grandeur naturelle, des douze apôtres en argent massif. A plusieurs reprises, on a cherché ce souterrain et ce trésor, mais en vain.

Sous ce rapport, la Lorraine n’a rien à envier à l’Alsace.
Dans le canton de Delme, le village de Viviers avait un beau et fort château, qui fut détruit en 1642 seulement, et dont par suite on a gardé le souvenir; à trois petits kilomètres de là, près de Tincry, se voient encore les parapets d’un camp romain ou prétendu romain. Du camp au château s’étendait un souterrain.

Or, la reine des fées avait à Viviers une de ses plus belles résidences quand elle fut chassée du pays par saint Colomban, elle cacha ses trésors, qui étaient immenses, dans ce souterrain où ils sont encore. On les a cherchés maintes fois sans résultat, car cette tradition, pour merveilleuse qu’elle soit, inspire une confiance entière aux habitants d’alentour.

Mais nous avons dit, au début de cette étude, que nous laisserions de côté toutes les légendes où paraissent les fées.
Ces souterrains nous font oublier notre plan.
Cessons donc de les parcourir.

(Le Pays lorrain (Nancy) – Société d’archéologie lorraine
Éditeur : Berger-Levrault – 1904)

Mais revenons à notre château…

Du même côté, à l’entrée de la cour, se trouve le puits qui fournissait l’eau au château. Il a été creusé dans le roc, par corvée aussi et va s’élargissant de façon que son diamètre supérieur qui est de 1,5 m
en a plus de 3 au fond.
On a essayé de le vider en 1820, dans l’espoir de faire quelques trouvailles importantes. On en a retiré plusieurs tonneau de poudre, des boulets de pierre, un trousseau d’environ cinquante clefs, quelques objets de vaisselle en rosette, puis les ouvriers découragés ont abandonné l’entreprise. Ce puits qui ne manque jamais d’eau et qui a une profondeur de plus de 30 m est actuellement recouvert de grosses pierres dans la crainte des accidents.
Toutes ces démolitions, fouilles, bâtisses n’ont amené aucune découverte bien remarquable, à part de nombreux boulets de pierre enfouis dans les fossés du château.

Cependant, ceux qui ont démoli la tour royale ou donjon prétendent y avoir trouvé une sorte de puits, garni de crocs, de lames aiguës ou tranchantes, et au fond des ossements humains encore recouverts d’une armure.

Le château de Moyen aurait donc eu lui aussi ses « oubliettes », son « in pace », comme tous les manoirs féodaux…

Le congrès des trois maires

Conte tiré des « Patois Lorrains – Adam, conseiller à la cour de Nancy »

Dans l’ancien temps, tout le bois qu’on appelle le Sablon ou la Sablonnière était une grand friche qui ne valait pas grand chose.
C’est pourtant à cause de cette friche qu’il y avait toujours des chicanes entre les trois communes de Fraimbois, de Moyen et de Gerbéviller.
Toutes les trois voulaient avoir le terrain, à cause que leurs bois étaient voisins.
C’était une grosse affaire.
Le bon Duc qui arrangeait souvent les mauvais procès voulu les arranger une fois qu’il était à la chasse.
Il nomma un homme adroit pour venir sur le terrain avec les maires des trois villages.
Ceux-ci devaient amener avec eux des gens choisis pour partager justement.

Quand ils furent tous arrivés, le maire de Fraimbois trébucha contre un loup crevé.
En voyant ce loup crevé, il eut une idée bizarre qu’il dit aux autres :

  • Nous sommes ici les trois maires. Eh bien ! Je vous propose que celui qui dira la plus grande vérité sur le loup que voilà, gagne pour sa commune la propriété qui est la cause de notre procès. Qu’en dites-vous ?

Comme ils étaient un peu joyeux, ils voulurent bien ainsi tous.
A tout seigneur, tout honneur, le maire de Gerbéviller, qui est une ville, parla le premier.

  • Voilà un loup, qu’il dit, qui a couché plus souvent devant la porte qu’à l’abri !

Tout le monde trouva le maire de Gerbéviller bien adroit.
Mais ils disaient aussi tout bas que le loup avait bien pu coucher souvent dans les baraques des charbonniers ou bien dans les abris des bûcherons quand il n’y avait plus personne.

  • A vous, monsieur le maire de Moyen, parce que votre commune est plus grosse que la nôtre.
  • Voilà un loup, que dit le maire de Moyen, qui a mangé plus souvent de la viande crue que de la viande cuite.

Bien trouvé, qu’ils dirent encore tous. Le maire de Gerbéviller est enfoncé. Mais ils songeaient pourtant qu’en temps de neige, les bûcherons s’étaient plaints souvent que le loup leur mangeait leur viande qu’ils avaient apporté pour leur déjeuner.

Le maire de Fraimbois parla le dernier.
Il dit : Voilà un loup qui n’a jamais été aussi malade que quand il a crevé !

Ils rirent tant, ils frappèrent tant dans leurs mains qu’on vit bien que le maire de Fraimbois était le maître.
Pas un ne fut assez malin pour lui répondre.

Ils s’arrangèrent tous avec beaucoup de plaisir et ils plantèrent la grande borne qui empêcha tous les procès
Et depuis, le village de Fraimbois a toujours eu la Sablonnière.

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