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Qui qu’en grogne ressuscité !

Site en reconstruction, dédié à l’Histoire du Château de Moyen

Site web de l’association des Amis du château de Moyen :

https://www.chateau-quiquengrogne-moyen.fr/

Références :

Monographie de Léon Richaume, instituteur à Moyen. 1888

Les résidences fortifiées des évêques de Metz en Lorraine
au Moyen Âge
(Gérard Giuliato)

L’ancienne châtellenie de MOYEN (M. Sorlat in Mémoires de l’Académie de Stanislas – )

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Epoque gallo-romaine

Un lieu fortifié de l’époque gallo romaine

A l’époque gallo-romaine, Moyen était probablement un lieu fortifié, peut-être construit sur l’emplacement d’un ancien oppidum gaulois (Leuques).


Son ancien nom « Medium Castrum » le suggère fortement.
Castrum = lieu fortifié
Medium = milieu


Une voie antique reliait Clayeures à Baccarat/Deneuvre.
La position de Moyen est bien médiane, entre ces deux localités

La villa de LANA, à 1800 m à vol d’oiseau du « Qui qu’en Grogne » était une villa gallo-romaine et un établissement agricole, située à proximité immédiate de cette voie.
Elle fut occupée du Ier siècle au IVe siècle ap. JC

https://archeogerbeviller.omeka.net/collections/show/17
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Moyen-âge

  • Par lettres datées de l’an 1109, l’empereur Henri IV, avec le consentement de plusieurs archevêques et évêques, et à la prière d’Antoine, abbé de Senones, confirme les possessions de cette abbaye à Moyen, Buriville, Colombey, etc… Ces possessions étaient donc antérieures à cette date.
  • En 1123, le pape Callixte II sanctionne par une bulle pontificale, la collation de la Cure et des dîmes de Moyen aux religieux de Senones.

En ces temps reculés, l’abbaye de Senones ne fut pas seule à posséder des droits féodaux sur Moyen : l’église de Saint Dié avait aussi un alleu (droit féodal) sur Moyen et la propriété de la moitié du moulin. L’abbaye de Moyenmoutiers avait aussi des possessions à Moyen.

  • Vers 1153, Drogon de Nancy (sénéchal de Lorraine) échange avec Mathieu 1er (duc de Lorraine) le château de Nancy et la ville construite au dessous avec ses dépendances, contre le château et la Chatellenie de Rosières-aux-Salines, les bans de Lenoncourt, de Moyen et d’Haussonville.
    La maison de Lenoncourt ne conserva pas longtemps des droits sur Moyen : en 1196, la maison de Lorraine les avait acquis à nouveau.
  • En 1224, Jean d’Apremont, évêque de Metz, obtient de l’abbaye de Senones la cession de ses principaux droits sur Moyen, en échange d’autres revenus pour une valeur de 10 livres annuels (monnaie de Metz).

    En acquérant ces domaines et ces droits sur Moyen, l’évêque de Metz voulait y créer une Chatellenie, destinée sans doute à compléter le réseau de Vic-sur-seille, Baccarat, Rambervillers.

Le ban de Moyen (banni Medii Castri) devait comprendre, outre le territoire actuel, celui de Vathimenil qui y figure dès 1225 et celui de Mervaville (« mirabilium villa », aujourd’hui sur la commune de Flin).

Mervaville, siège d’un prieuré fondé en 1224 dédié à la Vierge Marie, où d’après la tradition s’opéraient d’étonnants miracles (d’où viendrait le nom « mirabilium villa ») et autour duquel s’était formé un village.
Mais ni la Vierge Marie ni ses miracles ne purent empêcher la destruction totale de ce village lors de la Guerre de 30 ans


Le Chapitre de Metz possédait aussi le ban de Saint-Clément, qui comprenait de plus les territoires de Laronxe, Chénevières et la Cense de Betaigne.

En faisant le choix de Moyen, les êvèques de Metz n’avaient pas fait un choix en aveugle pour compléter le réseau de leur prévôté de Vic.
En ces temps de violences, de guerres privées et d’invasions, il eût été bien imprudent d’établir le siège d’une Chatellenie en un lieu dépourvu de défenses.
Il est probable que Moyen avait conservé un poste militaire de l’époque gallo-romaine.
Il n’est pas admissible que l’évêque Jean d’Apremont, et surtout Jacques de Lorraine qu’on a surnommé « le grand bâtisseur de forteresses » aient laissé Moyen à la merci d’un coup de main.
Il est bien plus vraisemblable que ce poste suffisait alors qu’on ne connaissait pas la poudre, et qu’il n’exigea que quelques réfections, quelques additions trop peu importantes pour avoir été relatées par les Chroniqueurs.

Il y a aussi la tradition qui parle d’un château antérieur au 15ème siècle.
Enfin, des fouilles faites vers 1838 ont mis à découvert une voûte, une cave comblée, qui ne peuvent remonter qu’à cette époque reculée.

Mais voici qu’apparut un nouvel agent de destruction dans les guerres modernes : la poudre noire !

Les antiques murailles vont être insuffisantes : il faudra élever un nouveau château-fort…

Carte des environs de la ville de Nancy – 1698
Moyen et ses environs – 1698

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Renaissance

C ‘était en 1415.

Conrad Bayer de Boppard, appelé au siège épiscopal de Metz, entreprit de rendre à son évêché la grandeur qu’il avait eu sous les prélats Jean d’Apremont et Jacques de Lorraine.

A l’instar de tous les pontifes de son siècle, on le voyait plutôt à cheval, la menace à la bouche, la lance au poing que la mitre sur la tête.

Evêque guerrier, son épiscopat fut une longue chevauchée de Metz à Epinal, d’Epinal à Rambervillers, à Moyen, à Baccarat, à Vic, à Abbestroff, etc…

Conrad Bayer de Boppard avait résolu de faire de sa Chatellenie de Moyen une des plus fortes et des plus vastes de l’évêché.

Il commença par la retirer des mains du sire d’Ogéviller auquel elle avait été engagée, acheta au chapitre de Metz ses droits sur le ban Saint-Clément et fit reconstruire le château de Moyen qu’on peut considérer comme un des plus remarquables de ce temps.

Achevée vers 1441, la construction de ce château excita la jalousie des seigneurs voisins et leur inspira des craintes. Ils essayèrent à diverses reprises de la contrecarrer. Conrad l’ayant appris se contenta de répondre « En grogne qui voudra !  » et baptisa fièrement son château « Qui qu’en grogne ».

Les habitants de Rambervillers, Epinal et Vic, sujets de l’Evêque, furent contraint de venir y travailler par corvée. Eux aussi se plaignirent et leurs plaintes furent acceuillies comme l’avaient été les menaces des seigneurs de Magnières et de Gerbéviller : « Qui qu’en grogne ! ».

Et le fier château s’éleva, bravant l’envie des uns, écrasant et foulant la liberté des autres.
Il fut, de fait, autant un instrument d’oppression que de défense, pour la population environnante.
Ses basses-fosses et ses oubliettes furent témoins de bien des atrocités.

Légende (ou pas ?) : pendant que l’on creusait le puit du château, de pauvres femmes étaient venues de Rambervillers et d’Epinal apporter des vivres à leurs maris qui y travaillaient par corvées.
Un éboulement se produisit, plusieurs de ces malheureux périrent, écrasés ou étouffés. Comme leurs femmes se lamentaient et que de sourdes plaintes annonçaient une révolte prochaine, Conrad l’orgueilleux et intraitable seigneur se contenta de dire : « Qui qu’en grogne ! »
Et pour suppléer les bras que l’accident venait de lui prendre, il retint les femmes des morts et les firent travailler à leur place…

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est KIK2.jpg.
image probablement inversée (ou fantasmée ?) : l’église du village se trouve à l’ouest du chateau, pas à l’est.

George de Bade : né à Pforzheim (actuellement en Allemagne) en 1433, il succéda à Conrad Bayer de Boppard comme évêque de Metz en 1459, à l’âge de 26 ans.
Il décéda au château de Moyen le 11 octobre 1484.

  • En 1449, les troupes de l’évêque font des « courses » sur les terres d’Epinal et viennent mettre le produit de leurs pillages en sûreté au château de Moyen.
  • En 1475 les Bourguignons s’attaquent au château
  • En 1521, Jean III de Lorraine (nommé évêque de Metz à l’âge de … 7 ans) hypothèque de nouveau Rambervillers, Baccarat et Moyen, comme gages d’un emprunt de 20.000 livres.
  • A partir de 1551, Metz tombe au pouvoir du roi de France (Henri II). Toutes les propriétés de l’évêché tombent dès lors en possession de la France.
  • En 1555, Robert de Lenoncourt, évêque de Metz (serviteur du roi de France) obtient une garnison française pour Moyen.
    Pendant la seconde moitié du 16ème siècle, Moyen fut souvent traversée par les troupes de huguenots allemands qui venaient au secours de leurs co-religionnaires français, et par les troupes impériales alliées des catholiques.
    Moyen parait avoir servi de point de concentration à ces troupes mercenaires, et doit avoir souvent été mis au pillage. ce qui explique les conditions draconiennes que l’évêque imposa aux habitants de sa Chatellenie de Moyen en 1605 pour leur concéder le droit d’asile dans l’enceinte du Qui-Qu’en-Grogne.
  • 1582 Passage des bourguignons.
  • 1587 Première apparition de la Peste
  • En 1588, les déprédations des troupes mercenaires sont telles et la misère si grande que les seigneurs sont obligés de réduire les droits féodaux.
  • 1591 Les Espagnols saccagent la forteresse
  • 1597 Les reîtres font probablement les plus gros dégats au château. Battus à Thiébauménil, ils brulent le village et le château. Le château sera reconstruit et c’est sans doute à cette époque que sont apparues les fenêtres à meneaux visibles en diverses parties du bâtiment
  • 1610 Retour de la Peste. La contagion fut telle, rapporte la tradition, qu’il fallut évacuer les pestiférés dans la campagne, où on leur construisit des baraquements aux lieux dits : aux Boris, à la Ladrerie, à la Gadremée, au Sorbier.
  • 1630 Nouvelle invasion d’impériaux, qui ruinent les pays de Rambervillers et Moyen, du mois de février au mois de novembre, sous prétexte de secourir Charles IV de Lorraine.

Dès l’annexion de Metz, Moyen dû recevoir une garnison française.

En 1635, elle se composait de 14 hommes sous le commandement de Robert de Grache, premier sergent du comte de Pas de Feuquières.
Le duc de Lorraine Charles IV, exilé de ses états depuis deux ans, y revient en 1635 avec une nombreuse armée d’Impériaux.
Quelques semaines lui suffisent pour reconquérir son duché, et s’établir fortement au camp retranché de Rambervillers.
Le château de Moyen lui parait indispensable pour couvrir ses avant-postes et recevoir les renforts impériaux.
Il s’en empare sans coup férir : Robert de Grache qui n’aurait pu opposer qu’une résistance dérisoire avec sa garnison de 14 hommes est pour ce fait condamné à mort.

Sur ordre du cardinal-ministre Richelieu, le maréchal De la Force, commandant des troupes du roi de France en Lorraine s’employa à reprendre la forteresse de Moyen gouvernée alors par Jean d’Arbois de Xaffevillers.

Ce qui fut fait le 18 septembre 1635, après un siège de plusieurs jours et 406 coups de canon.

  • mais dès 1636, Jean d’Arbois prend sa revanche et réinvestit le château de Moyen, qu’il remet aux mains du duc de Lorraine.
    Les Lorrains, de nouveau maîtres du château s’empressent d’en réparer et d’en augmenter les fortifications. Mais la garnison est formée de mercenaires sans solde qui vivent « sur la bête » et font des « courses » jusqu’aux environ de Nancy et deviennent pendant trois ans la terreur du pays.
  • 1639 Richelieu, décidé à en finir, donne alors ordre à Du Hallier, gouverneur de Lorraine, de prendre cette forteresse et de la détruire sans merci.

Ce fut la fin du château de Moyen.

Il subit le sort de tous ceux qui avaient abrité des résistances contre Richelieu. Il fut en partie démoli, et il ne resta de l’oeuvre de Conrad Bayer de Boppard que quelques pans de murs noircis par la poudre, et une partie de l’habitation du châtelain.

A cette même époque, le fléau de la peste qui s’était abattu sur Moyen en 1587 et en 1610 reparut avec son cortège accoutumé : la guerre et la famine…

La guerre de 30 ans (1618-1648)

Cette guerre de religion interne au christianisme (catholiques vs protestants) sur fond de rivalités entre grandes familles monarchiques, se solda par la disparition de près d’un quart (25%) de la population européenne de l’époque !

Ainsi en va-t-il souvent avec les religions « de paix et d’amour »…

Les historiens nous disent que plus de 600 000 Lorrains tombèrent sous le glaive des soldats, sous le vent de la contagion ou sous les étreintes de la faim.

Moyen, qui avant 1630 comptait cent-quatre-vingt maisons « belles et habitées » n’en avait plus que vingt-quatre en 1642.

Quelle fut la condition de nos ancêtres en ces temps reculés ?

Sans doute celle de la plupart des « serfs » et des « vilains » d’alors, avec cette aggravation que la Lorraine était alors comme le grand chemin des invasions, et que les seigneurs écclésiastiques n’étaient pas les moins exigeants de tous.

« Aucune époque n’a été plus atroce que celle-ci pour le pauvre paysan.
Sa vie sans intérêt, puis qu’il n’était pas propriétaire et n’avait aucun espoir de s’enrichir, sans bien-être, que dis-je, privé de toutes les choses nécessaires, sa vie était une transe continuelle.
Il faut savoir qu’autour des châteaux il y avait généralement une vaste enceinte palissadée, destinée à recevoir les serfs du domaine et leurs troupeaux à l’approche de l’ennemi.
Être dans sa pauvre maison comme un lièvre au gîte, l’oreille toujours tendue, cultiver hâtivement et avec dégoût une terre ingrate; au moindre bruit de danger, se réfugier dans l’enceinte seigneuriale.
Camper là, dans le dénûment et la crainte, à peine abrité et pas du tout nourri, en proie aux maladies épidémiques qui ne manquaient pas de se développer au sein de ces agglomérations malsaines; en sortir affamé, tremblant, pour voir sa masure à terre et ses récoltes en cendres; avoir à réparer le dommage, à tout recommencer, avec la perspective d’une nouvelle invasion prochaine : telle était l’existence du paysan. »

(Petite histoire du peuple français, par Paul Lacombe, Jules Bué · 1882)

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Contes et légendes

Le carrosse tragique

C’était à l’époque où la chatellenie de Moyen était engagée au sire d’Ogéviller, vers 1430.

Un soir d’hiver, le jour des Rois, la douairière d’Ogéviller qui avait passé un moment à Moyen et s’en retournait à Ogéviller, fut effrayée de voir du côté de Vathiménil des hommes masqués et armés.
Pour leur échapper, elle ordonna à son cocher de fuir de toute la vitesse de ses chevaux.
Celui-ci se trompant de chemin précipita l’attelage dans un marécage qui se trouvait aux environs de Vathiménil et dont, jusqu’il y a peu d’années, bêtes et gens n’osaient approcher à cause du peu de solidité du terrain.
Il s’y trouve actuellement une fontaine dite « à la Goutte » et plus communément la « fontaine de la Carrosse ».
Le fils de la Dame d’Ogéviller chercha sa mère partout et alla la réclamer jusqu’à Metz, accusant l’évêque de la détenir prisonnière.
Cependant, un pâtre qui avait passé cette nuit dans la forêt voisine dit avoir entendu crier « fouette cocher ! » à plusieurs reprises.

Une aigrette de plumes fut trouvée sur les eaux bourbeuses, et quelques années plus tard l’abime rejeta les débris du carrosse…

Le cul brûlé

Malgré sa nombreuse artillerie, Du Hallier n’espérait prendre de sitôt le château de Moyen. Et cependant les ordres de Richelieu étaient précis à rigoureux…

La fortune lui sourit sous la forme d’une femme traître.
Elle indiqua à Du Hallier la basse-cour comme étant la partie faible de la forteresse. Ce côté avait été terminé depuis peu, et probablement avec moins de soins que les autres.

Ses indications permirent effectivement la prise du château.

Mais la malheureuse reçut la récompense que méritent les traitres : les Suédois qui renforçaient l’armée française la fustigèrent, et finalement la brûlèrent, dit la tradition, dans un four à chaux au lieu dit « Au cul brûlé ».

Du souterrain oublié aux oubliettes souterraines…

Des bâtiments du sud il ne reste plus rien.
Sur leur emplacement on a créé des jardins ou édifié des étables.
Les bâtiments de l’ouest sont ceux dont les ruines présentent le plus d’intérêt. Il s’y trouve une vaste cave de 14 m de long, 10 m de large, 5 m de hauteur. La voute est soutenue par trois piliers de reliant en anses de panier.
On montre à l’extrémité sud de cette cave une ouverture, aujourd’hui maçonnée, que l’ont dit être l’entrée du souterrain qui devait aller vers Magnières.
Les tentatives faites pour l’explorer ont été infructueuses jusqu’ici, à cause des gaz qui s’en dégagent

Il est aussi question d’un souterrain légendaire sur cet excellent site d’un érudit habitant de Domremy, totalement dédié à la légende de Jeanne des Armoises, alias Jeanne d’Arc (cliquez sur l’image).

Statue de Jeanne d’Arc, rue Jeanne d’Arc à Moyen.

La légende des souterrains
Après le sol, le sous-sol, dont l’obscurité favorise la naissance de traditions pleines de mystère. Régulièrement, partout où elle voit une construction ancienne et imposante, l’imagination populaire se persuade que d’immenses souterrains s’étendent au-dessous et tout autour et quand elle voit deux de ces édifices à quelques kilomètres seulement l’un de l’autre, elle affirme que des souterrains les réunissent. Sans prétendre épuiser la matière, nous allons donner quelques exemples de ces curieuses traditions nous avons trouvé les unes dans des livres que nous citerons à mesure les autres nous ont été rapportées par des personnes du pays.

Remarquons d’abord que ces conceptions ne datent pas d’hier : dans Garin le Loberain, une des plus belles chansons de geste du XIIe siècle, est décrit longuement le castel de Naisil qui s’élevait sur l’emplacement de la ville romaine de Nasium, du village actuel de Naix. Naisil a été construit par Jules César en personne et pourvu par lui de souterrains immenses où l’on peut circuler à cheval et qui permettent de ravitailler la place en cas de blocus, car ils débouchent au loin dans la campagne. Naisil est imprenable ou presque, et son seigneur en est si fier qu’il déclare :

Si je tenoie l’ung en paradis,
Et l’autre avoie au castel de Naisil,
Je retrairoie celui de paradis
Et le mettroie arrier dedans Naisil !

Or l’imagination des siècles suivants creusera dans toute la Lorraine des galeries semblables à celles de Naisil, qu’on en juge :

A Bauzemont, au nord de Lunéville, se voyait un château-fort appartenant à l’évêque de Metz. Un souterrain, dit-on, allait de là jusqu’à Vic, autre possession du même évêque, pour permettre de secourir la garnison, souterrain d’importance, car de Bauzemont à Vic, il n’y a pas moins de douze kilomètres. C’est juste la longueur du tunnel du mont Cenis et, en ces temps lointains, on n’avait ni perforatrices, ni poudre de mine.

A Gondreville, il y eut un on deux châteaux-forts on se souvenait du reste que ce lieu avait été une résidence royale fréquentée par les Carolingiens. Il n’en fallait pas plus pour donner le branle aux imaginations un souterrain va de Gondreville à Toul, en passant donc sous la Moselle, ce qui risque de le rendre bien humide, mais qu’à cela ne tienne. La légende ne s’embarrasse pas des rivières. Nous allons le voir.

A Varangéville existait un très ancien prieuré bénédictin un souterrain en part et s’étend jusqu’à la ferme de la Crayére, prés de Rosiéres-aux-Salines, en passant sous la Meurthe. Cette tradition était si bien établie que, pendant la guerre de 1914-1918, on rechercha, sans succès bien entendu, ce souterrain pour en faire un abri de bombardement.

La Sarre ne sera, pas plus que la Meurthe ou la Moselle, un obstacle aux traditions de ce genre. On raconte dans le pays qu’un souterrain de dix kilomètres réunit le château de Saarwerden à celui de Niederstinzel situé en amont, près de Fénétrange et de l’autre côté de la rivière.

A Bainville-aux-Miroirs, sur la Moselle, en amont de Bayon, était un château très fort dont on admire encore les restes imposants en face, sur une colline assez haute, s’élève le château de Saint-Germain. Les gens du pays ne peuvent voir ces deux donjons sans établir entre eux une communication invisible il y a cinq kilomètres et la Moselle à traverser; ce n’est pas un obstacle pour les fouilleurs de galeries imaginaires.

Autour de Pont-à-Mousson, on supposa tout un réseau de souterrains, dont plusieurs passaient sous la Moselle, large et profonde à cet endroit. Tel celui qui part des caves d’une maison de la place Duroc et monte au château de Mousson. A onze kilomètres au nord de Pont-à-Mousson s’élevait le château de Prény, un des plus puissants du pays de là, des souterrains mènent dans toutes les directions aux châteaux de Mousson et de Saint-Biaise, à l’abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois. Une telle citadelle, dont les ruines méritent encore d’être visitées, devait se parer de légendes.

Un autre centre de légendes du même genre, mais sur un terrain plus sec, est la montagne célèbre de Sion-Vaudémont,  » la colline inspirée « . Un souterrain réunit le couvent de Sion au couvent d’Ormes, à onze kilomètres au nord-est. Jonction imprudente, contraire aux convenances, car Sion est un couvent d’hommes, Ormes un couvent de femmes, mais la légende ne s’arrête pas à ces détails. Un second souterrain va de Sion à Vaudémont sous le plateau.

Dans le canton de Gerbéviller se voyaient jadis deux beaux châteaux, celui de Moyen, qui eut encore l’honneur d’un siège pendant la guerre de Trente Ans, et celui de Magnières. Un souterrain les réunira, d’autant plus aisément que la distance n’excède pas quatre kilomètres.

C’est peu en comparaison du souterrain qui, du fond de la grotte de Saint-Amon, dans la foret du même nom, tout au sud de l’arrondissement de Toul, mènerait jusqu’à Toul même vingt-cinq kilomètres de galerie, bien plus que le plus long tunnel existant, voilà de quoi faire pâlir d’envie tous les ingénieurs du XXe siècle.

A côté de cette galerie, celles qui mènent de Dombasle à Sommerviller et du camp de Ludres à Messein, et ne dépassent pas chacune deux kilomètres, font piètre figure. Ici, la légende est restée à peu près raisonnable. Souvent, après avoir percé ces souterrains, parfois immenses, la légende y place des trésors qu’il n’est que de savoir retrouver.

Tout près des frontières de la Lorraine, une tradition alsacienne nous assure qu’un souterrain allait du château épiscopal de Saverne à la forteresse du Haut-Barr, juchée sur un sommet abrupt. Dans ce souterrain, aux temps troublés de la guerre de Trente-Ans, on aurait caché un trésor comprenant un grand crucifix en or pur et les statues, de grandeur naturelle, des douze apôtres en argent massif. A plusieurs reprises, on a cherché ce souterrain et ce trésor, mais en vain.

Sous ce rapport, la Lorraine n’a rien à envier à l’Alsace.
Dans le canton de Delme, le village de Viviers avait un beau et fort château, qui fut détruit en 1642 seulement, et dont par suite on a gardé le souvenir; à trois petits kilomètres de là, près de Tincry, se voient encore les parapets d’un camp romain ou prétendu romain. Du camp au château s’étendait un souterrain.

Or, la reine des fées avait à Viviers une de ses plus belles résidences quand elle fut chassée du pays par saint Colomban, elle cacha ses trésors, qui étaient immenses, dans ce souterrain où ils sont encore. On les a cherchés maintes fois sans résultat, car cette tradition, pour merveilleuse qu’elle soit, inspire une confiance entière aux habitants d’alentour.

Mais nous avons dit, au début de cette étude, que nous laisserions de côté toutes les légendes où paraissent les fées.
Ces souterrains nous font oublier notre plan.
Cessons donc de les parcourir.

(Le Pays lorrain (Nancy) – Société d’archéologie lorraine
Éditeur : Berger-Levrault – 1904)

Mais revenons à notre château…

Du même côté, à l’entrée de la cour, se trouve le puits qui fournissait l’eau au château. Il a été creusé dans le roc, par corvée aussi et va s’élargissant de façon que son diamètre supérieur qui est de 1,5 m
en a plus de 3 au fond.
On a essayé de le vider en 1820, dans l’espoir de faire quelques trouvailles importantes. On en a retiré plusieurs tonneau de poudre, des boulets de pierre, un trousseau d’environ cinquante clefs, quelques objets de vaisselle en rosette, puis les ouvriers découragés ont abandonné l’entreprise. Ce puits qui ne manque jamais d’eau et qui a une profondeur de plus de 30 m est actuellement recouvert de grosses pierres dans la crainte des accidents.
Toutes ces démolitions, fouilles, bâtisses n’ont amené aucune découverte bien remarquable, à part de nombreux boulets de pierre enfouis dans les fossés du château.

Cependant, ceux qui ont démoli la tour royale ou donjon prétendent y avoir trouvé une sorte de puits, garni de crocs, de lames aiguës ou tranchantes, et au fond des ossements humains encore recouverts d’une armure.

Le château de Moyen aurait donc eu lui aussi ses « oubliettes », son « in pace », comme tous les manoirs féodaux…

Le congrès des trois maires

Conte tiré des « Patois Lorrains – Adam, conseiller à la cour de Nancy »

Dans l’ancien temps, tout le bois qu’on appelle le Sablon ou la Sablonnière était une grand friche qui ne valait pas grand chose.
C’est pourtant à cause de cette friche qu’il y avait toujours des chicanes entre les trois communes de Fraimbois, de Moyen et de Gerbéviller.
Toutes les trois voulaient avoir le terrain, à cause que leurs bois étaient voisins.
C’était une grosse affaire.
Le bon Duc qui arrangeait souvent les mauvais procès voulu les arranger une fois qu’il était à la chasse.
Il nomma un homme adroit pour venir sur le terrain avec les maires des trois villages.
Ceux-ci devaient amener avec eux des gens choisis pour partager justement.

Quand ils furent tous arrivés, le maire de Fraimbois trébucha contre un loup crevé.
En voyant ce loup crevé, il eut une idée bizarre qu’il dit aux autres :

  • Nous sommes ici les trois maires. Eh bien ! Je vous propose que celui qui dira la plus grande vérité sur le loup que voilà, gagne pour sa commune la propriété qui est la cause de notre procès. Qu’en dites-vous ?

Comme ils étaient un peu joyeux, ils voulurent bien ainsi tous.
A tout seigneur, tout honneur, le maire de Gerbéviller, qui est une ville, parla le premier.

  • Voilà un loup, qu’il dit, qui a couché plus souvent devant la porte qu’à l’abri !

Tout le monde trouva le maire de Gerbéviller bien adroit.
Mais ils disaient aussi tout bas que le loup avait bien pu coucher souvent dans les baraques des charbonniers ou bien dans les abris des bûcherons quand il n’y avait plus personne.

  • A vous, monsieur le maire de Moyen, parce que votre commune est plus grosse que la nôtre.
  • Voilà un loup, que dit le maire de Moyen, qui a mangé plus souvent de la viande crue que de la viande cuite.

Bien trouvé, qu’ils dirent encore tous. Le maire de Gerbéviller est enfoncé. Mais ils songeaient pourtant qu’en temps de neige, les bûcherons s’étaient plaints souvent que le loup leur mangeait leur viande qu’ils avaient apporté pour leur déjeuner.

Le maire de Fraimbois parla le dernier.
Il dit : Voilà un loup qui n’a jamais été aussi malade que quand il a crevé !

Ils rirent tant, ils frappèrent tant dans leurs mains qu’on vit bien que le maire de Fraimbois était le maître.
Pas un ne fut assez malin pour lui répondre.

Ils s’arrangèrent tous avec beaucoup de plaisir et ils plantèrent la grande borne qui empêcha tous les procès
Et depuis, le village de Fraimbois a toujours eu la Sablonnière.

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Lieux-dits

« Hauts de la pax » : là étaient confinés et mouraient les pestiférés de Moyen et Gerbéviller.

« La Gadremée » : jardin et ladrerie (lieu où étaient relégués les pestiférés)

« Les bords » : ladrerie (lieu où étaient relégués les pestiférés)

« Cul Brûlé » : lieu où les Suédois (alliés des Français) brûlèrent la femme qui indiqua l’endroit faible du château.

« Rue des juifs » : quartier où étaient confinés les juifs du village.

« Rue de la Bourgogne » : rappelle le passage des troupes bourguignones en 1475 et 1477

Autres lieux-dits (si vous en connaissez la localisation, n’hésitez pas à l’indiquer en commentaire) :

« Haut du ménil » : jardins et vergers

« Haut de l’Allemagne » : campement des alliés de Charles IV

« Haut des autels » : affecté à la desserte en vin de l’église.

« Le chenal » : vallées très étroite derrière le château et qui recevait ses eaux

« La ladrerie » : comme son nom l’indique, lieu où étaient relégués les lépreux.

« La Corvée » : domaine propre à l’évêché dont le travail s’éxécutait par corvée (actuelle station d’épuration)

« La corvée des seigneurs » : propriétés à faire valoir par corvée

« Le haut du campe » : position prise par les Français pour attaquer le château

« Aux Ave Maria » : pré dont la récolte était affectée au sonneur d’angelus.

« Le jardin d’Arbois » : a appartenu au sieur d’Arbois, gouverneur du château pour le compte de Charles IV

« La Faïencerie » : faïencerie qui subsista juqu’en 1790